Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /Mars /2009 22:26



    "Ce n'est pas tant la ville qu'il faut détruire
      que tout ce qui précipite son sang au dehors
      par des blessures qui
     comme la plaie de l'âne
     ne cicatrisent jamais.
"




     
 
 
    
Photo 367 par vous





 
 
 





 Réveillé par l’écho d’une sonnerie que les cinq autres jours de la semaine ont fait résonner à mes oreilles peu après six heures. Echo, pourtant silence, brisant le silence de rêves écrasés de fatigue.




Promenade sur quelques kilomètres des berges de la Moselle de la campagne herbeuse, jusqu’à Metz.




Cette arrivée progressive dans la ville, par une voie sans fureur, estompe un peu mon dégoût de l’urbain. Elle m’éloigne d’Attila et me rapproche de la chambre de Xavier de Maistre.





Douze coups sonnent à la cathédrale Saint-Etienne, le marché se tarit. Seuls les vendeurs de fleurs et de casse-croûtes ont encore de véritables clients.





Pain rond, jambon italien, relevé de quelques tomates confites, une bière, un café. Après quelques paragraphes du monde "rue de René*" ,je brouillonne une petite page sur une recherche qui s’avère, au fil des tracés, être la géométrisation de l’algorithme d’Euclide.







Pour équilibrer l’âme, achat, dans le vieux fond d’un bouquiniste, d’une épave qui charriait encore le flux puissant mais suspect de la pensée de Gobineau.

Il est deux heures de l’après midi, Douce est partie présélectionner quelques achats pour m’épargner la première vague des hésitations.
 
Je m’accorde un nouveau café et quelques instants d’une mort aussi nourrissante pour mon esprit que peuvent l’être les restes d’un animal sauvage pour la multitude des insignifiantes créatures sur lesquelles s’appuie la cohérence de ce monde.



Une obscurité s'enchaînant à l'autre, "35 rhums" plus tard, à la sortie de la salle de cinéma, je reprends mes esprits.
Cette ville m'a donné tout ce que j'étais venu y chercher. La ligne d'horizon commence à me manquer.








   
 

 

 


Photo 357 par vous

 

 
 
 






* Rue des Singes René Taesch  

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Par al.manach - Publié dans : mars - Communauté : ALMANACH
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Commentaires

Très joli billet, intemporel, narratif mais qui fait vagabonder l'esprit du concert, du réel à l'histoire des chemins, des cours d'eau et des humains qui sont passés tout en n'oubliant pas les nourritures terrestres.
Bref, j'aime beaucoup ! Je vais m'y essayer dans mon coin...
Commentaire n°1 posté par Léon le 17/03/2009 à 11h35
Laissé au dos d'un carton de bière, comme d'autres avaient pu l'être pour lui même, ces quelques lignes donnèrent envie à quelques buveurs de passage de s'essayer à pareille promenade.
Et bien sur, un jour, lui-même lirait au dos d'un carton similaire, ce qui sera bien plus qu'un écho et enrichira en retour ... son séjour.
Réponse de al.manach le 17/03/2009 à 13h17
Ce jour là, Russalka était heureuse.
le ciel depuis l'aurore n'avait cessé de trembler ses bleus multiples et lumineux.
L'herbe sentait bon sous ses pas, les crocus encore en fleurs, les branches des pruniers ouvertes de boutons blancs.
Sur la barque sèche de l'allée des feuilles voguaient
que son râteau intraitable repoussait autour des troncs d'arbres en prévision des dernières gelées.

Elle était debout
vivante
et le soir lui apporterait cet air d'opéra qui portait son nom
oiseau inattendu venu de ces herbages et de ces eaux tranquilles et apaisantes
où se nichent les amants mais aussi l'innommé

Comme étaient beaux ces reflets
d'acier liquide et la frontière indécise entre ciel terre et eau
comme elle aima avec retard cette promenade en des lieux
qui déshabillent le regard et revêtent l'être
Commentaire n°2 posté par ... le 19/03/2009 à 08h56
Le jardin, sans user de ces codes incertains qui s'écrivent ou se chantent chez les humains, lui murmuraient à l'oreille sa gratitude pour la délicate attention,
cette couverture que l'on relève sur le cou du malade
et surtout
la vraie présence du regard.

Tous les arbres du jardin
dans ce silence délicatement froissé qui est présence chaude
avaient désiré la revoir marcher
et pour cela
leur éparpillement tourné vers le ciel
à la manière des immobiles
avaient prié.
Réponse de al.manach le 19/03/2009 à 15h29
Il vit surgir, du fond obscur du corridor, un gros rat à la démarche incertaine et au pelage mouillé. La bête s'arrêta, sembla chercher un équilibre, prit sa course vers le docteur, s'arrêta encore, tourna sur elle-même avec un petit cri et tomba enfin en rejetant du sang par les babines entrouvertes.
Le docteur la contempla un moment et remonta chez lui.
Ce n'était pas au rat qu'il pensait.

Mieux vaut un rat vivant qu'un chat crevé.


J'étais parti de bonne heure ce matin-là car la veille, j'avais sorti de son gîte un beau lièvre dans les environs du château de Crosville. J'avais préparé minuiteusement mes cartouches de quatre, graissé mon fusil Robust-Idéal, un calibre 16 de belle facture qui ne manquerait pas sa cible le moment venu...


Dans le grand jardin, derrière la splendide demeure, j'aperçus Michèle la propriétaire et je lui demandai si elle n'avait pas vu le capucin dans les parages. Comme elle s'apprêtait à me répondre, le rouquin sauta du talus et se dirigea vers les marais.

Michèle me souhaita bonne chance. Je sifflai Princesse ma chienne une braque qui avait un flair exceptionnel et un souffle de marathonienne.
Le lièvre s'en allait vers la rivière qui contourne le marais. Il s'orientait vers la butte que nous appelons l'île de Crosville car en hiver lorsque les marais sont totalement inondés, c'est le seul espace de terre qui reste émergé. Là habitait un vieux misanthrope Hyppolite LEHADOUEY, une sorte d'ermite qui avait à peu près 70 ans. Sa maison en pierre du pays était encore couverte de chaume et le petit jardin qui l'entourait était remarquablement mal entretenu car le lierre et les ronces y faisaient la loi.
Hyppolite m'aperçut de loin et me cria :
- " Tchi qu' tu traches par ilô ?"
- Vous n'auriez pas vu un lièvre dans le coin Maît' LEHADOUEY ?
- Ah pas à matin mais y vyint souvent par ichin. J' l'y veu aco y' a treis jours.














À peine avait-il achevé cette phase que j'entendis Princesse s'agiter bruyamment. Elle aboya trois fois en direction de la haie et le fuyard repartit vers le marais. Je visai rapidement le cul et tirai les deux coups à la suite. Mon lièvre fit une triple culbute et ma chienne courut vers lui en jappant comme une folle. Nous le tenions...
Le père Hyppolite me félicita et me dit :
- Veux-tu veni beire une moque ?
- Oui, merci à vous, ce n'est pas de refus. Je posai mon gros capucin sur la table de son antre et nous bavardâmes pendant trois bons quarts d'heure en buvant un cidre qui n'était ma foi pas mauvais du tout.
Mais il fallait que je reparte car on m'attendait déjà pour le déjeuner. Il était plus de treize heures...

- "À la prochaine fois Maît' Hyppolite et prenez bien soin de vous !
- Tei itou man garçon, dis byin l' boujou à ta grand-mère de ma part...
- Je n'y manquerai pas. Merci pour la moque. Au revoir !



Je ne retournai pas à l'Île de Crosville durant l'été car je travaillais dans une ferme à une vingtaine de kilomètres plus à l'ouest.
Après une arrière-saison particulièrement pluvieuse, l'hiver 1962-1963 fut  exeptionnellement rigoureux. Les marais étaient inondés comme jamais ils ne l'avaient été et le froid glacial se répandit, pendant plus de cinq semaines sur ces étendus d'eau à perte de vue. Il fit jusqu'à - 23 ° C. Le lait gelait dans les seaux et les bidons, même dans les maisons. Une épaisseur de glace de 40 à 50 cm recouvrit nos marécages. Il était devenu possible de rouler en voiture sur cette étendue parfois recouverte d'une couche de 10 cm de neige. La Douve et toutes les rivières étaient gelées en tous endroits et la mer gelait aussi, détruisant de nombreux coquillages et crustacés de l'estran.


Puis, le printemps revint, tardivement. La glace fondit et l'eau se retira rapidement.





Le 28 mars 1963, c'était un jeudi, je me décidai à aller rendre une petite visite à Hyppolite LEHADOUEY. Je frappai à sa porte à 3 reprises. N'entendant rien, je poussai la porte doucement.
- Père Hyppolite ?
Aucune réponse ! J'avançai dans la pièce sombre et m'approchai de l'alcôve ou dormait le père LEHADOUEY. Il était là, étendu, mais il semblait très amaigri dans des vêtements trop grands. Je m'approchai encore et entrevis un visage complètement décharné et couvert de meurtrissures encore sanguinolentes. Son vieux chat était mort à ses côtés. Il n'avait pas pu assez bien le défendre. La mort remontait à plusieurs semaines sans doute...

Les rats l'avaient mangé.
Commentaire n°3 posté par Léon le 19/03/2009 à 16h49
La peste soit de ses souvenirs qui me rongent la moelle des pensées.

Et puis non !
ils me permettent de maintenir en vie ces gens et ces mots que ce monde voudrait oublier et qui pourtant sont des lieux de couleurs, de richesse de beau, propre à éveiller le besoin de couleur de vrai richesse et de beauté.

La peste est le grand nettoyeur des cadavres qui s'ignorent tels
le souvenir de ce visage n'en est pas encore un.
Réponse de al.manach le 21/03/2009 à 08h37

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